CINQ JOUR APRÈS LE VOTE DE BLÂME
De nombreux appuis à Yves Michaud

le 19 décembre 2001

 

Par un acte sans précédent véritable dans l'histoire parlementaire du Québec (et
apparemment dans la plupart des parlements des pays démocratiques d'Occident),
l'Assemblée nationale a condamné, le 14 décembre 2000, sans l'entendre, un citoyen pour
des propos qu'il aurait tenus à l'occasion des audiences de la Commission des États
Généraux sur la langue française. En vertu de quelle loi, au nom de quel droit et selon quels
critères? On aurait envie d'ajouter: à quelles fins?


Nous, soussignés, estimons qu'il y a là à la fois un véritable détournement de la mission de
l'Assemblée nationale, une atteinte grave aux droits et libertés des citoyens et une violation
de la Charte qui les consacre, un acte flagrant d'injustice et une manifestation stupéfiante
d'arbitraire, dont tout citoyen peut désormais redouter d'être victime. Une résolution de
deux lignes, hâtivement rédigée, sans même que soient cités les propos incriminés, adoptée
dans la précipitation: c'est pour le moins une formule expéditive!


De plus, l'Assemblée nationale, par sa consternante initiative, fait revivre, cautionne et
consacre le délit d'opinion et l'on sait d'expérience jusqu'où cela peut conduire. Yves
Michaud était condamné d'avance, avant même la comédie du vote par appel nominal: on
était partagé entre l'incrédulité et l'indignation devant ce spectacle, devant l'approbation
programmée de la condamnation, dans une unanimité aussi affligeante que suspecte. On
approuvait sans l'ombre d'un débat, sans même que quelques élus aient eu un scrupule, se
soient interrogés sur le bien-fondé de la condamnation, aient demandé qu'on entende au
préalable l'accusé.


Nous avons assisté à un précédent d'une extrême gravité qui dépasse la personne d'Yves
Michaud et la nature des propos qu'on lui prête: sont en cause des droits élémentaires des
citoyens, leur liberté d'expression, la séparation des pouvoirs puisque le parlement joue les
tribunaux, la mission et la dignité même de l'Assemblée nationale singulièrement mises à
mal dans cette effarante et tragique mésaventure. Insensibles à la gravité de leur geste,
inconscients des effets potentiels de leur initiative chez nous et même à l'étranger, nos
parlementaires viennent d'assumer une grave responsabilité.


La motion de blâme était fondée sur "des propos inacceptables à l'égard des communautés
ethniques et en particulier à l'égard de la communauté juive tenus par Yves Michaud à
l'occasion des audiences des États Généraux sur le français". Le "condamné" a eu, au
contraire, des propos nettement élogieux à l'endroit du peuple juif mais au cours d'une
entrevue, il a déploré l'attitude d'un organisme, le B'nai Brith, nullement représentatif de
toute la communauté juive. Par ailleurs, Yves Michaud a souligné la nécessité et l'apport
culturel de l'immigration, tout en rappelant qu'il y a, chez nous comme ailleurs, une sorte de
contrat moral entre l'immigrant et la société d'accueil. Il a regretté le relatif échec de
l'intégration d'un certain groupe d'immigrants et a rappelé le caractère du vote lors duréférendum de 1995, dans plusieurs bureaux de votation où le "oui" fut inexistant. Que
certaines personnes veuillent contester la pertinence de ce rappel, passe, mais on ne saurait
nier la pénible réalité des faits.


Au-delà de la personne d'Yves Michaud, les véritables victimes de cette mauvaise action
sont la liberté d'expression des Québécois, la distinction des pouvoirs (car il y a des lois et
des tribunaux pour des propos haineux quand on estime que c'est le cas), l'autorité et la
dignité de l'Assemblée nationale.


Mais la vive réaction de l'opinion publique, pleine de dignité, de santé et de bon sens,
constitue un désaveu éloquent du geste humiliant de l'Assemblée nationale, dont il est
urgent de restaurer l'autorité morale.


Ont signé à Montréal, ce dix-neuvième jour de décembre 2000:


Yves BEAUCHEMIN, écrivain, Marie-Andrée BEAUDET, professeure de littérature
française (Université Laval), Jules BÉLANGER, ancien candidat du PQ dans Gaspé,
Jacques BERGERON, président section Ludger-Duvernay de SSJBM, Nicole
BOUDREAU, ancienne présidente SSJBM, Georges-Étienne CARTIER, psychiatre et ex-
candidat du PQ dans Notre-Dame-de-Grâce, Fernand DAOUST, ancien président de la
FTQ, Jean DORION, ex-président de la SSJBM, Marcelle FERRON, peintre, Sacha
GAUTHIER, président des jeunes du PQ Montréal-Centre, Jean-Claude GERMAIN,
dramaturge, Pierre GRAVELINE, éditeur, Louis LA ROCHELLE, membre du Comité
exécutif du PQ de Mercier, Denis LAZURE, ancien ministre du gouvernement du Québec,
Yolande LEBLANC, adjointe du député Gérald Godin (1977-1994), Jean-Marc LÉGER,
journaliste, Gaston LAURION, ancien candidat du PQ dans Westmount, Gaston
L'HEUREUX, animateur, Fernand OUELLET, poète, Jacques PARIZEAU, ancien Premier
ministre du Québec, Hélène PEDNAULT, écrivaine, Hélène PELLETIER-
BAILLARGEON, écrivaine, Daniel POURCHOT, historien et pasteur, Paul-André
QUINTIN, président du Comité des relations internationales du PQ, André RENY, président
du PQ de Mercier, Nicole RICALENS-POURCHOT, linguiste, Claude SAINT-LAURENT,
psychanalyste, Gilles TREMBLAY, compositeur.


Ont signé le texte qui précède, du 20 décembre 2000 au 4 janvier 2001


NOMS DES PARTIS POLITIQUES (PARTI QUÉBÉCOIS ET BLOC QUÉBÉCOIS)
EXÉCUTIFS DU PARTI QUÉBÉCOIS
Exécutif du Parti Québécois d'Outremont
Exécutif du Parti Québécois de Bourassa
Exécutif du Parti Québécois de Charlesbourg
Exécutif du Parti Québécois de l'Estrie (dont Orford et Saint-François et plusieurs autres)
Exécutif du Parti Québécois de La PinièreExécutif du Parti Québécois de Mercier
Exécutif du Parti Québécois de Montréal-Centre
Comité régional des Jeunes du Parti Québécois de la Capitale nationale
Comité régional des Jeunes du Parti Québécois de Lanaudière
Comité régional des Jeunes du Parti Québécois de Montréal-Ville-Marie
Comité régional des Jeunes du Parti Québécois des Laurentides
Jeunes du Parti Québécois de l'Estrie
EXÉCUTIFS DU BLOC QUÉBÉCOIS
Exécutif du Bloc Québécois de Anjou-Rivière-des-prairies
Exécutif du Bloc Québécois de l'Estrie
Forum Jeunesse du Bloc Québécois, conseil exécutif national
Jeunes du Bloc Québécois de l'Estrie
Association du Bloc Québécois de l'Université Laval
MEMBRES D'EXÉCUTIFS ET MILITANTS DU PARTI QUÉBÉCOIS ET DU
BLOC QUÉBÉCOIS
BEAULIEU, Ida, PQ Nelligan
BERTRAND, Lucette, PQ Mont-Royal
BLANCHARD, Guy, ancien candidat du Parti québécois dans Beauharnois
BOUCHARD, Jean-Pierre, vice-président de l'exécutif du Parti Québécois de Charlesbourg
BOCK-CÔTÉ, Mathieu, resp. du contenu dans l'exécutif national du Forum Jeunesse du
Bloc Québécois
BOURDEAU, Alexandre, Comité régional des jeunes de Lanaudière du Parti Québécois
BOUSQUET, Jacqueline, PQ Mont-Royal
CARDIN, Serge, député du Bloc Québécois de Sherbrooke
CIPHIHOT, Denise, PQ Nelligan
CLERMONT, Gilles François, PQ Nelligan
COSETTE, Thérèse, PQ Mont-Royal
COSSETTE, Reine, présidente de l'Exécutif du Parti Québécois de Marguerite-D'Youville
COUSINEAU, Violaine, secrétaire exécutive du Parti Québécois de Montréal-Centre
DEROME, Alice, PQ Mercier
DESROSIERS, Claude, PQ Vaudreuil
DOMINGUE, Clermont, président de l'Exécutif du Parti Québécois de Saint-François
(Estrie)
DOUCET, Françoise, PQ Mont-Royal
DUCHARME, Guillaume, président du Forum Jeunesse du Bloc Québécois
DUGAS, Jacqueline, PQ NDG
FARLEY, Robert, membre de l'exécutif du Bloc Québécois - Laurier-Sainte-Marie
GAGNON, Benjamin, président Jeunes du Parti Québécois de Montréal-Ville-Marie
GAUTHIER, Sacha, président des Jeunes du Parti Québécois de Montréal-Centre
GAVAZZI, Jean-Baptiste, ingénieur, ex-membre de l'Exécutif du Parti Québécois de HullHÉTU, Raymond, PQ NDG
HOUDE, Madeleine, PQ Outremont
HOULE, Jean-Sébastien, ancien candidat du Bloc Québécois dans Mont-Royal (2000)
JULIEN, Robert, représentant Jeunes du Parti Québécois de Vaudreuil-Soulanges
LA ROCHELLE, Louis, membre de l'Exécutif du Parti Québécois de Mercier
LALONDE, Mimi, PQ Mercier
LAPERRIÈRE, Jeanne, PQ NDG
LATREILLE, Jean-Marie, physiatre, candidat du Parti Québécois dans Beauharnois-
Huntingdon
LAVERY, Simone, PQ NDG
LONGPRÉ, Solange, PQ, Saint-Léonard
LYONNAIS, Martin, PQ, conseiller au programme de l'exécutif du Parti Québécois de
Marquette
MARTINEAU, Denise, PQ Outremont
MARTINEAU, Thérèse, PQ Outremont
MATTE, André, Comté Saint-Jacques
MILLER, Marie-Thérèse, présidente de l'Exécutif du Parti Québécois de Chambly,
secrétaire régionale Montérégie
MORIN, Dorothy, PQ Robert Baldwin
MONTMIGNY, Gisèle, PQ Nelligan
PARÉ, Marguerite, PQ NDG
PEREZ-HUDON, Maria-Teresa, présidente de l'Exécutif - La Pinière
PLAMONDON, Christiane, présidente de l'Exécutif du Parti Québécois d'Outremont
QUINTIN, Paul-André, président du Comité des relations internationales du Parti
Québécois
RENY, André, président de l'Exécutif du Parti Québécois de Mercier
RICHER, Pierrette, vice-présidente du Parti Québécois - Chambly
ROCHELEAU, Yves, député à Ottawa du Bloc Québécois de Trois-Rivières
SAVARD JACOB, Hélène, PQ Acadie
TANGUAY, Jean-Pierre, conseiller de l'Exécutif du Parti Québécois de Chambly
TOURIGNY, Andrée, PQ Outremont
TURCOTTE, Nestor, ancien candidat du Parti Québécois dans Matane (1970 et 1973),
TRUDEAU, Suzanne, PQ Outremont
TRUDEAU, Véronique, vice-présidente du Comité régional des jeunes du Parti Québécois
de Lanaudière
TRUDEAU, Yvan, PQ Outremont
TRUDEAU-REEVES, Françoise, ancienne candidate du Parti Québécois dans Pontiac et
ex-présidente de l'Exécutif du Parti Québécois de Hull
VINCENT, Denis, Bloc Québécois de Longueuil
WILKINS, James A. , administrateur, ex-président du Parti Québécois de Brome-
Missisquoi
ORGANISMESClub souverain de l'Estrie
MEF (Mouvement estrien pour le français)
Mouvement des Étudiants souverainistes de l'Université Laval
MNQ (Mouvement national des Québécoises et Québécois)
Mouvement souverainiste du Québec
RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale)
RRS (Rassemblement des résolument souverainistes)
RPS ( Rassemblement pour un pays souverain)
SNQC (Société nationale des Québécoises et Québécois de la Capitale) section Louis-
Hébert
SNQ Estrie (Société nationale des Québécoises et Québécois de l'Estrie)
SSJB (Société Saint-Jean-Baptiste) Exécutif de la SSJB de Montréal (section Laval)
Impératif français
MEMBRES D'EXÉCUTIFS ET MILITANTS D'ORGANISMES
BERGERON, Jacques, président de la section Ludger-Duverney de la SSJB de Montréal
BOURGEOIS, Patrick, secrétaire de la SNQC (Société nationale des Québécoises et
Québécois de la Capitale nationale
CHARRON, Claude G., écrivain, ex-responsable des aînés du Parti Québécois de Montréal-
Centre
FRAPPIER, Bernard, Vigile.Net
GAGNÉ, Robert, président de la Société nationale des Québécoises et Québécois de
l'Estrie
GERVAIS, Richard, philosophe, secrétaire du Rassemblement pour l'indépendance du
Québec (RIQ)
LAURIN, Louise, ex-présidente du Mouvement national des Québécois (MNQ
LEFEBVRE, Marcel, président du Rassemblement pou l'indépendance du Québec (RIQ)
LEPAGE, André, président de la SSJB de Saint-Hubert
LESSARD, Claude, Conseil souverainiste de Beauce
PERREAULT, Jean-Paul, président d'Impératif français
PARENT, Yves, Regroupement Résolument Souverainistes (RRS)
POISSON, Jacques, président du MEF (Mouvement estrien pour le français)
RIOUX, Jean-Marc, président de FRIQ et responsable du Comité des 120
ROBITAILLE, Raymond, président du parti innovateur du Québec
ROY, Benoît, président du RPS ( Rassemblement pour un pays souverain)
SAINT-LOUIS, François, président du RIN
VILLENEUVE, Raymond, président du MLNQ


 Affaire Michaud - 51 députés péquistes

  reconnaissent avoir eu tort

 (Zéro Libéraux)

 

14 janvier 2011 11h22 |La Presse canadienne | Québec

 

À l’initiative de l’ancien ministre Paul Bégin, 51 députés et ex-députés, tous péquistes, ont exprimé des regrets ou des excuses pour avoir condamné le citoyen Yves Michaud, le 14 décembre 2000.

 

À l’initiative de l’ancien ministre Paul Bégin, 51 députés et ex-députés, tous péquistes, ont exprimé des regrets ou des excuses pour avoir condamné le citoyen Yves Michaud, le 14 décembre 2000. En point de presse aujourd’hui, l’ex-ministre de la Justice dans le gouvernement de Lucien Bouchard en a profité pour réclamer des changements au règlement de l’Assemblée nationale pour éviter qu’un citoyen fasse de nouveau l’objet d’une motion de blâme sans même avoir été entendu.Aucun député libéral n’a retourné la missive envoyée il y a un mois par M. Bégin, ni Lucien Bouchard qui dirigeait le Parti québécois lorsque M. Michaud a été blâmé unanimement par la Chambre pour des propos jugés «inacceptables» à l’égard de la communauté juive.

 

Les commentaires visés par la motion avaient été prononcés le 13 décembre 2000 devant les États généraux sur l’état du français à Montréal.

 

Le lendemain, les députés ont «voté aveuglément» en faveur de la motion de blâme sans même connaître la nature des propos litigieux, a déploré M. Bégin, qui regrette aujourd’hui d’avoir suivi le mouvement.

En effet, il a été établi après examen que les commentaires de M. Michaud n’étaient ni antisémites, ni désobligeants. Au contraire, il s’agissait d’un éloge à la survivance du peuple juif.

En décembre dernier, le Parti québécois a refusé de débattre d’une motion de Québec solidaire enjoignant l’Assemblée nationale à reconnaître sa faute commise il y a 10 ans à l’endroit de M. Michaud.



Un bien triste souvenir que ce 14 décembre 2000

 

Par Lisette Lapointe

 

Cher Yves,


C'est de tout coeur que je suis des vôtres en pensée ce 5 décembre 2015 où plusieurs personnalités, amis et citoyens se trouvent rassemblés pour vous exprimer à la fois leur soutien et leurs regrets que vous n'ayez toujours pas obtenu justice.


Vous avez été jugé sur la place publique, dans l'enceinte de l'Assemblée nationale sans possibilité de vous défendre et de faire valoir vos droits.
Ce qui fait le plus mal, c'est que notre noble institution n'ait jamais accepté d'amender son règlement de façon à ce que telle injustice ne puisse être répétée. J'en suis d'autant plus désolée que des collègues et moi, au moment où j'étais députée du Parti québécois, avons bien plaidé en ce sens, mais sans succès.


Vous savez, cher Yves, que s'il en avait le loisir, votre ami, Jacques Parizeau, serait aussi à vos cotés aujourd'hui pour vous exprimer ses regrets et sa honte qu'un tel geste, basé sur de fausses prémisses, ait pu être posé par les membres de l'Assemblée nationale à l'égard du grand patriote et humaniste que vous êtes.
Soyez assuré que ce que les Québécois retiendront de vous, c'est votre grand engagement à l'égard du Québec.

 

Très cordialement,

 

Lisette Lapointe



Appui de Guy Rocher, sociologue, professeur à l'Université de Montréal

 

De : Rocher Guy [mailto:Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.] Envoyé : 15 décembre 2015
11:4À : Yves Michaud
Objet : RE:15e anniversaire de la motion infâme

 

Cher Yves Michaud,

 

Il y a quinze ans, j'avais fait part, verbalement et par écrit, de ma
colère, de mon indignation devant le traitement injuste et même ignoble que
notre Assemblée nationale vous avait fait subir. Le temps passant, ma
colère demeure, mon indignation n'a fait que croître devant l'attitude de
trop de membres de cette «noble» Assemblée, qui n'ont jamais eu l'honnêteté
de reconnaître leur erreur ou leur veulerie. C'est avec ces sentiments que
je me suis réjoui hier de voir (enfin) LE DEVOIR rafraîchir notre mémoire
commune, et deux fois plutôt qu'une. Je continue à admirer votre courage et
votre détermination.

 

Très cordialement.
Guy Rocher